La quittance de loyer est le document par lequel le bailleur reconnaît avoir reçu le loyer d'une période donnée. Au Sénégal, ce n'est pas une politesse : pour les baux à usage d'habitation, le Code des obligations civiles et commerciales (COCC) impose au bailleur de remettre une quittance à chaque paiement du loyer, et un reçu en cas de paiement partiel, l'un et l'autre mentionnant le détail des sommes versées et leur imputation (article 582). Et pour tout paiement, quel que soit le bail, celui qui paie peut exiger une quittance de celui qui reçoit (article 180). Pour le locataire, c'est l'écrit qui établit qu'il a payé ; pour le bailleur, c'est la trace d'un bail sain.
Ce guide distingue ce que la loi impose de ce qui relève de la bonne pratique, propose un modèle prêt à remplir, les cas particuliers (paiement partiel, Wave ou Orange Money, paiement par un tiers) et les erreurs qui reviennent le plus souvent dans les agences et chez les propriétaires.
Quittance, reçu, avis d'échéance : trois documents différents
On les confond tout le temps, et cette confusion crée des litiges. Retenez la logique :
- L'avis d'échéance est envoyé avant le paiement. Il réclame le loyer de la période, dû au terme convenu (article 553) : loyer, charges, taxes refacturées le cas échéant, éventuel arriéré. Il n'atteste aucun paiement, il informe.
- La quittance est remise après un paiement intégral de la période. Elle atteste que le locataire a réglé la totalité de ce qui était dû pour cette échéance.
- Le reçu constate un paiement partiel. Il indique ce qui a été versé et sur quoi cela s'impute (article 582) et, pour documenter clairement la situation, le solde qui reste dû. Le COCC le distingue expressément de la quittance : en cas de paiement partiel, le bailleur délivre un reçu, et non une quittance.
Un bailleur qui délivre une « quittance » pour un paiement partiel se crée un problème : le document dit que la période est soldée alors qu'elle ne l'est pas. Si le locataire conteste plus tard le reliquat, c'est ce document qui lui sera opposé.
Que doit contenir une quittance de loyer ?
Ce que prévoit le COCC
L'article 582 du COCC, dans la section consacrée aux baux à usage d'habitation, met trois choses à la charge du bailleur :
- remettre une quittance au locataire lors du paiement du loyer ;
- délivrer un reçu chaque fois que le locataire effectue un paiement partiel ;
- faire figurer sur la quittance comme sur le reçu le détail des sommes versées, avec l'imputation que le locataire entend leur donner, conformément à l'article 176.
Ce renvoi à l'article 176 a un sens précis : lorsqu'un locataire doit plusieurs sommes, c'est lui qui a le droit de désigner, au moment du paiement, celle qu'il entend acquitter, dans les limites fixées par ce même article. La quittance doit donc dire sur quoi le paiement s'impute, et pas seulement combien a été versé.
C'est tout ce que la loi impose. Le COCC ne fixe ni formulaire ni liste de mentions au-delà de ce détail des sommes et de leur imputation.
Les mentions recommandées pour une quittance claire et exploitable
Le reste est affaire de bonne pratique, dictée par la fonction du document : prouver, sans ambiguïté, qui a payé quoi, pour quelle période, à qui. Aucune de ces mentions n'est exigée par le COCC, mais toutes contribuent à limiter les ambiguïtés et à faciliter le suivi du bail. Une quittance complète mentionne :
- Le bailleur : nom ou raison sociale et adresse. En pratique, lorsqu'une agence encaisse pour le compte du propriétaire, elle délivre la quittance au nom du bailleur, en qualité de mandataire, et s'identifie comme telle.
- Le locataire : nom complet, tel qu'il figure au bail. En cas de colocataires ou de co-titulaires, les noms des personnes tenues au bail.
- Le bien loué : adresse précise, et le lot ou l'appartement lorsque l'immeuble en compte plusieurs.
- La période : le mois (ou la période) que le paiement couvre, en toutes lettres. « Loyer du mois de septembre 2026 » vaut mieux que « loyer 09/26 ». C'est la façon la plus simple d'exprimer l'imputation demandée par l'article 582.
- Le détail des sommes, la mention imposée par le COCC : le loyer, puis séparément les charges récupérables et, le cas échéant pour un bail commercial ou professionnel assujetti, la TVA et la taxe d'enlèvement des ordures ménagères refacturée. Puis le total reçu.
- La date et le mode de paiement : espèces, Wave, Orange Money, Free Money, virement, chèque. Pour un transfert mobile ou bancaire, la référence de l'opération est une bonne pratique.
- La date et le lieu de délivrance, la signature du bailleur ou de son mandataire, et le cachet de l'agence si elle en a un.
- Un numéro de quittance, pour que la série soit continue et vérifiable.
Une mention à manier avec précision : « sous réserve d'encaissement » se justifie en pratique pour un chèque, pas pour des espèces ni pour un transfert mobile déjà reçu.
Modèle de quittance de loyer
Le COCC n'imposant pas de formulaire type, le modèle ci-dessous constitue une trame pratique permettant de documenter clairement le paiement. Il reprend le détail des sommes et l'imputation demandés par l'article 582, puis les mentions recommandées. Adaptez les crochets ; supprimez les lignes sans objet.
QUITTANCE DE LOYER N° [2026-09-0142]
Bailleur : [Nom / raison sociale], [adresse]
représenté par : [Agence XYZ, mandataire] (si gestion par une agence)
Locataire : [Nom complet du ou des titulaires du bail]
Bien loué : [Adresse complète], [immeuble / lot / appartement]
Je soussigné(e), [nom du bailleur ou du mandataire], reconnais avoir reçu de
[nom du locataire] la somme de [montant total en chiffres] FCFA
([montant en toutes lettres] francs CFA) au titre du loyer et des charges
du mois de [septembre 2026], soit :
Loyer .................................. [250 000] FCFA
Charges récupérables ................... [ 15 000] FCFA
TVA / TOM (baux commerciaux, le cas échéant) [ 0] FCFA
TOTAL REÇU ............................. [265 000] FCFA
Imputation : [loyer et charges de septembre 2026] (dette réglée, désignée par le locataire)
Paiement reçu le [05/09/2026] par [Wave — réf. XXXXXX / espèces / virement].
Fait à [Dakar], le [05/09/2026]
[Signature et cachet]
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Les cas particuliers qui posent problème
Le paiement partiel
Le locataire verse 150 000 sur un loyer de 250 000. Ne délivrez pas de quittance : remettez un reçu qui indique la somme reçue et la période sur laquelle elle s'impute, comme l'exige l'article 582 du COCC, et, bonne pratique, le solde de 100 000 restant dû. Le jour où il complète, une quittance vient clore la période. Cette rigueur compte : c'est le reliquat documenté qui fondera, si besoin, une mise en demeure pour loyer impayé.
Le paiement par Wave, Orange Money ou Free Money
La capture d'écran constitue une trace du transfert : une somme est partie d'un compte vers un autre. Elle ne dit ni à quel bail, ni à quelle échéance, ni si le montant solde la période. Or c'est précisément ce que la quittance doit établir : le détail des sommes versées et l'imputation que le locataire leur donne (article 582). Une trace de transaction n'est pas une quittance identifiant l'échéance réglée. Le bailleur qui reçoit un loyer par mobile money reste donc tenu de délivrer la quittance ; il est recommandé d'y reporter le mode de paiement et la référence de l'opération. Le locataire, lui, conserve les deux.
Le paiement effectué par un tiers
Un parent ou un employeur paie le loyer. Le COCC l'admet : le paiement peut être fait par un tiers, même contre la volonté du créancier, sauf opposition du débiteur (article 164). En pratique, la quittance est établie au nom du locataire titulaire du bail, en précisant que le paiement a été effectué par un tiers pour son compte : c'est la dette du locataire qui est réglée, et c'est lui qui doit pouvoir le prouver.
Les arriérés
Quand un locataire règle alors que plusieurs mois sont dus, le COCC organise l'imputation en trois temps. C'est d'abord le locataire qui désigne, au moment du paiement, la dette qu'il entend acquitter (article 176), et la quittance doit le mentionner (article 582). S'il ne dit rien, le paiement s'impute sur la dette que le bailleur désigne dans la quittance, à moins que le locataire ne s'y oppose immédiatement (article 177). Si la quittance ne porte aucune indication, l'imputation est légale : d'abord sur les dettes échues, en priorité celles que le locataire avait le plus d'intérêt à acquitter, puis, à égalité, sur la plus ancienne (article 178). Autrement dit, une quittance « loyer » sans période, remise alors que trois mois sont dus, laisse la loi décider à votre place. Pour documenter clairement, écrivez l'imputation : une quittance par période, ou une quittance qui liste les périodes réglées.
La caution n'est pas un loyer
Le dépôt de garantie versé à l'entrée n'est pas un loyer. Pour documenter clairement, il est recommandé de lui délivrer un reçu de dépôt de garantie distinct, et de ne pas le mêler aux quittances de loyer courantes. Le sujet a ses propres règles, traitées dans notre guide sur la caution et le dépôt de garantie au Sénégal.
Quelle est la valeur juridique d'une quittance ?
Pour le locataire, la quittance est l'écrit par lequel le bailleur reconnaît le paiement ; la preuve du paiement obéit aux règles du droit commun (article 179), et cet écrit signé du créancier en est la pièce la plus simple. En pratique, un bailleur qui réclamerait ensuite le même loyer se heurterait à son propre écrit. Le COCC lui-même se réfère au « détenteur de quittances de loyer régulières » pour reconnaître l'occupant d'un bail verbal en cas de vente de l'immeuble (article 580).
Pour le bailleur, la série des quittances est la chronologie du bail. En cas de litige, elle montre le rythme des paiements, les retards, les reliquats. Un bailleur qui n'a jamais remis de quittance et qui affirme que le locataire ne payait pas se retrouve, lui, sans document ; le locataire pourra produire ses transferts mobiles ou ses virements.
Autre point souvent ignoré : délivrer la quittance est une obligation du bailleur pour un bail d'habitation (article 582), et, pour tout paiement, celui qui paie peut l'exiger (article 180). Un bailleur n'a aucun intérêt à s'y soustraire : la quittance le protège autant que le locataire.
Combien de temps les conserver ? Le COCC répond : les obligations à exécution périodique « telles que loyers » se prescrivent par cinq ans pour chacun de leurs termes (article 224), le délai courant du lendemain du jour où le loyer est exigible (article 218). Conservez donc quittances, reçus et avis au moins cinq ans après chaque échéance, et en pratique pendant toute la durée du bail et tant qu'un compte entre les parties peut encore être discuté, une suspension ou une interruption pouvant allonger ce délai. Une agence qui gère pour le compte de bailleurs doit en outre pouvoir les rattacher au compte rendu de gestion qu'elle remet au propriétaire.
Les erreurs les plus fréquentes
- Une quittance pour un paiement partiel. C'est un reçu qu'il faut (article 582), en indiquant le solde dû.
- Une période imprécise ou absente. « Loyer » ne veut rien dire ; « loyer du mois de septembre 2026 » si.
- Loyer et charges confondus dans un seul montant. Le détail des sommes versées est précisément ce que le COCC demande, pour la quittance comme pour le reçu.
- Pas de numérotation. Une numérotation continue facilite la traçabilité et permet de repérer plus facilement certaines incohérences.
- La capture d'écran Wave en guise de quittance. Elle garde la trace d'un transfert, pas l'imputation à une échéance.
- La quittance signée en blanc ou pré-signée, remise avant l'encaissement effectif.
- Aucune quittance, « parce que le locataire ne la demande pas ». L'obligation existe que le locataire la demande ou non.
Générer des quittances sans y penser
Pour un ou deux biens, le générateur gratuit suffit. Dès qu'on gère une dizaine de baux, la quittance manuelle devient une corvée mensuelle et une source d'oublis.
Pour une agence ou un administrateur de biens qui gère plusieurs baux, un logiciel de gestion immobilière adapté au Sénégal relie l'encaissement, les documents et le compte rendu au propriétaire dans un même enchaînement. Concrètement, dans Logestimmo : l'avis d'échéance et la quittance de chaque bail sont produits ensemble pour la période, à l'identité de l'agence, ou du propriétaire en gestion personnelle ; loyer et charges y sont détaillés séparément ; pour les baux commerciaux et professionnels, la TVA et la TOM sont calculées à la génération d'après votre paramétrage fiscal. Chaque encaissement est saisi avec son mode, espèces, mobile money (Wave, Orange Money) avec sa référence, virement ou chèque ; un paiement partiel est enregistré comme tel, avec le montant réglé et le solde restant dû ; et les documents restent retrouvables par locataire et par bail, tandis que les encaissements alimentent le compte rendu remis au bailleur.
Références
- Code des obligations civiles et commerciales (COCC) du Sénégal, texte consolidé publié par le Secrétariat général du Gouvernement (consulté) :
- article 164 — paiement par un tiers ;
- article 176 — imputation des paiements par le débiteur ;
- article 177 — imputation par le créancier dans la quittance, sauf opposition immédiate du débiteur ;
- article 178 — imputation légale à défaut d'indication sur la quittance ;
- article 179 — preuve du paiement selon le droit commun ;
- article 180 — droit de celui qui paie d'exiger une quittance ;
- article 218 — point de départ du délai de prescription ;
- article 224 — prescription quinquennale des loyers, terme par terme ;
- article 553 — paiement du loyer au terme convenu ;
- article 580 — « détenteur de quittances de loyer régulières » ;
- article 582 (section « Baux à usage d'habitation ») — quittance à chaque paiement, reçu en cas de paiement partiel, détail des sommes versées et imputation.
- Tout ce qui n'est pas rattaché à un article ci-dessus (identités, adresse, période en toutes lettres, numéro, signature, cachet, référence de transfert, mention du solde) relève de la bonne pratique, et est présenté comme tel.
Ce guide est une information générale et ne constitue pas un conseil juridique. Pour une situation particulière, consultez un professionnel du droit.

